Sans publi­cité, pas de concur­rence

Des publi­ci­tés sont sou­vent inter­dites au nom de la pré­ven­tion. Le der­nier exemple en date est l’ini­tia­tive par­le­men­taire Aubert, qui entend inter­dire les publi­ci­tés pour les petits cré­dits. Pour­tant, ce sont les consom­ma­teurs qui pâtissent au final de l’in­ter­dic­tion de la publi­cité. Sans elle, il n’y aurait pas de concur­rence.
​Ces efforts qui paraissent plau­sibles au pre­mier regard manquent leur objec­tif et ont des consé­quences néga­tives. La publi­cité est un ins­tru­ment indis­pen­sable de l’éco­no­mie de mar­ché. C’est elle qui per­met la concur­rence entre les pres­ta­taires. Des dizaines de mil­liers d’em­plois dépendent direc­te­ment et indi­rec­te­ment de la publi­cité, en par­ti­cu­lier ceux de col­la­bo­ra­teurs de pro­duc­teurs et de four­nis­seurs de pres­ta­tions. La publi­cité est aussi indis­pen­sable pour le finan­ce­ment des médias.

L’in­ter­dic­tion de la publi­cité deman­dée à grand bruit ignore à des­sein qu’il existe des règles ciblées pour com­battre les abus. Dans le cas du tabac, des mises en garde figurent sur les paquets et il est désor­mais inter­dit de fumer dans les lieux publics. Pour ce qui est de l’al­cool, une limite d’âge a été fixée pour la vente. De nom­breuses mesures ont éga­le­ment été prises contre le cré­dit à la consom­ma­tion, notam­ment l’obli­ga­tion de four­nir des infor­ma­tions détaillées et la men­tion expli­cite de l’in­ter­dic­tion d’en­det­te­ment. La loi suisse sur le cré­dit à la consom­ma­tion, qui est l’une de plus strictes, cherche éga­le­ment à évi­ter le sur­en­det­te­ment. Des inves­ti­ga­tions ont révélé que cette loi est par­ti­cu­liè­re­ment effi­cace du côté des « jeunes adultes », un groupe consi­déré comme par­ti­cu­liè­re­ment vul­né­rable. Pour­tant, le risque de sur­en­det­te­ment lié aux cré­dits à la consom­ma­tion n’est pas plus élevé dans ce groupe.

La Com­mis­sion des affaires juri­diques du Conseil natio­nal (CAJ-N) doit tenir compte de ces élé­ments lors­qu’elle exa­mi­nera l’ini­tia­tive par­le­men­taire Aubert. Il convient de reje­ter fer­me­ment le pro­jet cor­res­pon­dant ! Les res­tric­tions intro­duites pour motifs moraux ne servent pas les objec­tifs éthiques avan­cés et se révèlent néfastes en termes de poli­tique éco­no­mique. En outre, elles cimentent la posi­tion sur le mar­ché des pres­ta­taires exis­tants, rendent dif­fi­cile le lan­ce­ment d’amé­lio­ra­tions et minent la concur­rence. Les consom­ma­teurs peuvent éta­blir moins de com­pa­rai­sons et doivent se conten­ter d’une offre res­treinte – presque comme dans les sec­teurs fai­sant l’ob­jet d’une pla­ni­fi­ca­tion.