Un peu de nuance, please!

L’es­sen­tiel en bref:

  • De moins en moins de per­sonnes vivent dans un même loge­ment en rai­son de l’évo­lu­tion de notre mode de vie.
  • Près de 70% des ménages en Suisse ne comptent qu’une ou deux per­sonnes.
  • Envi­ron 20 000 à 25 000 loge­ments sup­plé­men­taires sont néces­saires chaque année rien qu’à cause de la taille tou­jours plus petite des ménages.

On l’en­tend beau­coup en ce moment: «il faut limi­ter l’im­mi­gra­tion». Sans qu’on sache d’ailleurs tou­jours de quelle immi­gra­tion on parle. Il est vrai que les décla­ra­tions fra­cas­santes du nou­veau loca­taire de la Mai­son-Blanche ne s’em­bar­rassent pas de tels «détails». Fort heu­reu­se­ment, le débat en Suisse se veut plus construc­tif. Aussi, il n’est pas inutile de rap­pe­ler quelques faits. Si la popu­la­tion suisse aug­mente, c’est en effet d’une part parce que l’im­mi­gra­tion aug­mente, mais aussi parce qu’on vit plus long­temps.

Le nombre de ménages aug­mente deux fois plus vite que la popu­la­tion

Bien sûr, l’aug­men­ta­tion démo­gra­phique pose aussi des défis, comme par exemple le besoin en loge­ments. Mais là aussi, il est bon de nuan­cer, et de pré­ci­ser que même avec un nombre constant d’ha­bi­tants, les besoins en loge­ment aug­mentent de toute façon. Car nos modes de vie évo­luent et la taille des ménages en Suisse dimi­nue, ce qui signi­fie que de moins en moins de per­sonnes vivent dans un même loge­ment. Cela s’ex­plique par dif­fé­rentes rai­sons: il y a de plus en plus de couples qui se séparent et de familles recom­po­sées, de même que grâce au main­tien à domi­cile, de plus en plus de per­sonnes âgées peuvent res­ter long­temps dans leur loge­ment, sou­vent plus grand que la moyenne. De plus en plus de per­sonnes pré­fèrent aussi vivre seules. Aujour­d’hui, près de 70% des ménages en Suisse ne comptent qu’une ou deux per­sonnes, tan­dis que la taille moyenne des ménages conti­nue de bais­ser. D’ailleurs, le nombre de ménages aug­mente deux fois plus vite que la popu­la­tion. Dans un rap­port paru en 2022, la Raif­fei­sen esti­mait que rien qu’à cause du recul de la taille des ménages, quelque 20 000 à 25 000 loge­ments sup­plé­men­taires sont néces­saires chaque année.

S’oc­cu­per de nos aînés et finan­cer nos vieux jours

Mettre l’aug­men­ta­tion de la demande en loge­ments uni­que­ment sur le compte de l’im­mi­gra­tion est donc un peu court. Rap­pe­lons aussi que les Euro­péens, qui consti­tuent la plus grande part de l’im­mi­gra­tion en Suisse, viennent avant tout pour tra­vailler. Pour faire tour­ner nos hôpi­taux, nos entre­prises et nos ser­vices publics. Et pour finan­cer par la même occa­sion nos assu­rances sociales, notam­ment l’AVS. Sachant que ces dix pro­chaines années, le nombre de retrai­tés en Suisse aug­men­tera de 26%, alors que le nombre d’ac­tifs n’aug­men­tera que de 2%, il serait bien de s’en sou­ve­nir. Et de ne pas céder aux sirènes de l’ar­bi­traire, qu’il vienne d’ici ou d’Outre-Atlan­tique.

Cet article est paru le 1er avril 2025 dans le jour­nal «La Région».