Défi­cit d’élec­tri­cité : pro­po­si­tions peu convain­cantes

Les prin­ci­paux oppo­sants au renou­vel­le­ment des cen­trales nucléaires admettent que la Suisse man­quera d'élec­tri­cité. Le trou sera béant, comme l'a confirmé une étude man­da­tée par d'im­por­tantes orga­ni­sa­tions de pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. En revanche, les moyens pro­po­sés pour le com­bler s'avèrent inadé­quats.​
 

Durant long­temps, une par­tie des oppo­sants au  rem­pla­ce­ment des cen­trales nucléaires exis­tantes esti­maient que le scé­na­rio d’une pénu­rie d’élec­tri­cité était une légende pro­pa­gée par le « lobby élec­trique ». Ce scé­na­rio est néan­moins confirmé par l’étude publiée en mai 2010 par 4 orga­ni­sa­tions éco­lo­gistes et les can­tons de Bâle-Ville et de Genève. Selon cette étude, le défi­cit de pro­duc­tion élec­trique attein­dra 30 mil­liards de kWh en 2035. Com­paré à une consom­ma­tion de 58 mil­liards de kWh en 2009, le manque repré­sente plus de la moi­tié de la consom­ma­tion actuelle.

Les pro­po­si­tions avan­cées pour com­bler ce défi­cit s’avèrent très contes­tables. Elles reposent notam­ment for­te­ment sur l'élec­tri­cité pho­to­vol­taïque. Mais elles ne prennent pas en compte le carac­tère très sai­son­nier de la consom­ma­tion d'élec­tri­cité. Les besoins sont les plus éle­vés durant la sai­son froide, c'est à dire au moment où la pro­duc­tion d'élec­tri­cité solaire est la plus faible. Les pan­neaux solaires four­nissent en effet 70% de leur pro­duc­tion en été et seule­ment 30% en hiver. En consi­dé­rant l’en­semble de l’an­née, l’im­por­tance de l’élec­tri­cité pho­to­vol­taïque est ainsi sur­éva­luée.

D’autres hypo­thèses sont tout aussi ban­cales. C’est le cas notam­ment de l’ef­fet inci­ta­tif  sup­posé du dou­ble­ment pro­posé du prix de l’élec­tri­cité, dont les effets sur l'em­ploi sont jugés, à tort, négli­geables. L’étude sous-estime éga­le­ment le fait qu'une meilleure pro­tec­tion du cli­mat implique une hausse de la consom­ma­tion d’élec­tri­cité. Ainsi, l’aug­men­ta­tion pré­vi­sible de la consom­ma­tion impu­table aux voi­tures élec­triques est pra­ti­que­ment négli­gée. Des conclu­sions qui reposent sur des fon­de­ments aussi vacillants ne peuvent pas mani­fes­te­ment pas ser­vir de base aux déci­sions sur l’ap­pro­vi­sion­ne­ment élec­trique futur de la Suisse.