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L’ini­tia­tive sur la sécu­rité ali­men­taire fait fausse route

Avec son ini­tia­tive « Pour la sécu­rité ali­men­taire », l’Union suisse des pay­sans (USP) entend mieux pro­té­ger les terres agri­coles et accroître les aides éta­tiques en faveur de la pro­duc­tion indi­gène de den­rées ali­men­taires. eco­no­mie­suisse s’op­pose à ce pro­jet pro­tec­tion­niste. Il remet­trait en ques­tion la récente réorien­ta­tion de la poli­tique agri­cole suisse sur les objec­tifs consti­tu­tion­nels.

L’Union suisse des pay­sans pour­suit prin­ci­pa­le­ment deux objec­tifs avec son ini­tia­tive. D’une part, elle entend ren­for­cer la pro­duc­tion indi­gène de pro­duits agri­coles pour garan­tir l’ap­pro­vi­sion­ne­ment. D’autre part, elle sou­haite que le main­tien des sur­faces culti­vables et pâtu­rables actuelles devienne une prio­rité dans l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire. Les auteurs de l’ini­tia­tive jus­ti­fient leur pro­jet par une baisse de l’ap­pro­vi­sion­ne­ment indi­gène de la Suisse en den­rées ali­men­taires. Aux yeux de la Fédé­ra­tion des entre-prises suisses, l’ini­tia­tive se foca­lise sur les mau­vais objec­tifs. La sécu­rité ali­men­taire sup­pose avant tout une ges­tion effi­cace des res­sources et la garan­tie de l’im­por­ta­tion des pres­ta­tions préa­lables né-ces­saires.Un appro­vi­sion­ne­ment en den­rées ali­men­taires sûr n’équi­vaut pas à une pro­duc­tion indi­gène éle­vée. Une Suisse auto­suf­fi­sante est un mythe, car le sec­teur agri­cole est lui aussi affecté par la réparti-tion inter­na­tio­nale du tra­vail. À cela s’ajoute que la pro­duc­tion agri­cole suisse atteint un niveau record aujour­d’hui.

Une inten­si­fi­ca­tion encou­ra­gée par l’État irait à l’en­contre des objec­tifs actuels de la poli­tique agri­cole (ren­for­cer l’es­prit d’en­tre­prise, la qua­lité, la diver­sité des pay­sages et la bio­di­ver­sité) et ne serait pas durable. Afin que le sec­teur agroa­li­men­taire soit tourné vers l’ave­nir, la poli­tique agri­cole doit être axée davan­tage sur le mar­ché et sur la com­pé­ti­ti­vité à long terme des exploi­ta­tions agri­coles. De nou­velles dis­po­si­tions consti­tu­tion­nelles aux consé­quences peu claires sont par contre inutiles.

Prio­rité dis­cu­table dans l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire

La pro­tec­tion des terres culti­vables est jus­ti­fiée, aux yeux des milieux éco­no­miques, mais elle n’a pas sa place, dans cette forme abso­lue, dans la Consti­tu­tion. L’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire a de bons résul­tats à condi­tion que les dif­fé­rents inté­rêts soient pris en consi­dé­ra­tion de manière équi­li­brée. Les terres agri-coles n’ont pas dimi­nué ou presque en Suisse ces vingt der­nières années. Il ne serait donc pas indi­qué de leur don­ner la prio­rité sur le plan légal par rap­port à d’autres uti­li­sa­tions.

Ren­for­cer le pro­tec­tion­nisme dont béné­fi­cie l’agri­cul­ture suisse pour­rait éga­le­ment faire obs­tacle aux rela­tions com­mer­ciales inter­na­tio­nales. Il devien­drait beau­coup plus com­pli­qué pour la Suisse de négo-cier d’autres accords de libre-échange. Pour ces dif­fé­rentes rai­sons, le Comité direc­teur d’eco­no­mie­suisse a décidé de recom­man­der le refus de l’ini­tia­tive sur la sécu­rité ali­men­taire.