Finances fédé­rales : fini la dis­ci­pline ?

​La Confé­dé­ra­tion a enre­gis­tré l’an passé un excé­dent de plu­sieurs mil­liards de francs. Il devient dès lors ten­tant de renon­cer aux pro­grammes d’éco­no­mies ou d’ou­vrir les vannes finan­cières pour répondre à toutes les attentes. Ce serait une erreur : les bons résul­tats d’au­jour­d’hui sont le résul­tat de la dis­ci­pline de ces der­nières années, pas le signal de  fin d’exer­cice.
​Il est vrai que l’an­nonce de l’ex­cé­dent des finances fédé­rales a sur­pris. Résul­tat : au lieu de s’en réjouir et de pour­suivre l’ef­fort, deux com­mis­sions par­le­men­taires viennent de déci­der de ne pas entrer en matière sur le pro­jet de conso­li­da­tion des finances. Ce pro­gramme «d’éco­no­mies» – les éco­no­mies réelles étant peu nom­breuses au demeu­rant – se jus­ti­fiait par les pers­pec­tives finan­cières et les impé­ra­tifs du frein à l’en­det­te­ment. Il est vrai que les pers­pec­tives changent, puisque les pré­vi­sions bud­gé­taires arti­cu­laient des défi­cits, alors que les résul­tats montrent des béné­fices. Il n’est tou­te­fois pas jus­ti­fié de renon­cer au pro­gramme de conso­li­da­tion. Des éco­no­mies sans efforts
Pen­sons notam­ment à la cor­rec­tion du ren­ché­ris­se­ment : la Confé­dé­ra­tion a fait des esti­ma­tions trop hautes concer­nant le ren­ché­ris­se­ment pour les années 2009-2011. Résul­tat : cer­taines dépenses ont été trop for­te­ment adap­tées et aug­mentent en valeur réelle, sans néces­sité. En cor­ri­geant ce fac­teur d’er­reur, sans pré­té­ri­ter qui­conque, il serait pos­sible de réduire les dépenses de 450 mil­lions de francs par an dès 2012. Un demi-mil­liard à éco­no­mi­ser aussi faci­le­ment, cela ne devrait pas se refu­ser.

Autre exemple : le Conseil pré­voyait des coupes dans les dépenses de per­son­nel et l’in­for­ma­tique. Il jugeait qu’il y avait là quelques 160 mil­lions de francs à gla­ner. Ou dans la com­pen­sa­tion des inves­tis­se­ments (180 mil­lions) qui avaient été anti­ci­pés en 2009, à titre de mesure de lutte contre la crise. Enfin, les mesures liées au réexa­men des tâches offrent un poten­tiel d’éco­no­mies de 500 à 600 mil­lions de francs par an sans remettre en ques­tion des acti­vi­tés fon­da­men­tales. Pour­quoi renon­cer à ces pro­jets ?

13 ans de chiffres rouges
N’ou­blions pas que depuis 1990 et durant 13 ans, les finances fédé­rales ont pra­ti­que­ment tou­jours affi­ché des chiffres rouges. Les dépenses dépas­saient allé­gre­ment les recettes et l’en­det­te­ment avait explosé, jus­qu’à atteindre les 130 mil­liards de francs. C’est l’ac­cep­ta­tion en vota­tion fédé­rale du frein à l’en­det­te­ment, et sa mise en œuvre en 2003, qui a repré­senté le tour­nant déci­sif. Deux pro­grammes d’al­lé­ge­ments, à hau­teur de plu­sieurs mil­liards de francs, ont per­mis de rame­ner les finances fédé­rales dans des eaux plus sûres. Depuis 2005, la dette a pu être réduite de pas moins de 20 mil­liards de francs. Les inté­rêts pas­sifs ont dimi­nué de un mil­liard de francs par an aujour­d’hui par rap­port à 2006.
 
Les défi­cits, une affaire réglée ?
Tout n’est pas résolu pour autant. Une autre évo­lu­tion s’opère depuis plu­sieurs années : les postes de dépenses de la Confé­dé­ra­tion en faveur des assu­rances sociales et de la santé ne cessent de gon­fler. Cette évo­lu­tion insi­dieuse – qui a pour effet d’évin­cer pro­gres­si­ve­ment du bud­get d’autres domaines d’ac­ti­vité de l’Etat.

Il fau­drait aussi évi­ter que le résul­tat d’une bonne année ne pro­voque des déci­sions indui­sant des charges per­ma­nentes, mais non finan­cées dura­ble­ment. Les demandes sont en effet grandes, notam­ment en matière d’ar­mée, d’agri­cul­ture, d’aide au déve­lop­pe­ment ou de trans­ports. Il est donc tou­jours néces­saire de mener à bien le pro­gramme de conso­li­da­tion et le réexa­men des tâches, et il sera tou­jours assez tôt de réflé­chir à la manière de répar­tir d’éven­tuels béné­fices. On se rap­pel­lera que ceux-ci n’ont pas for­cé­ment à être dépen­sés, mais qu’ils peuvent aussi être ren­dus sous forme de baisses d’im­pôts et d’amé­lio­ra­tion de la com­pé­ti­ti­vité de notre éco­no­mie.